jeudi 26 septembre 2013

La traversée


Me voilà arrivée à Santos, hébergée par Max et Fernanda, un couple de couchsurfeurs, dans un bel appartement avec vue sur la mer. Je devrais voir passer le Sambhar d'ici une à deux heure. Je verserais sans doute une petite larme à le voir partir sans moi.


La traversée n’aurait pas pu mieux se passer. Ça a été onze jours magiques de découvertes d’un monde très particulier, de farniente et de parties de cartes endiablées. C'est le cœur serré que j'ai dû dire au revoir à l'équipage et à mon co-passager. Je serais bien restée à bord pour un tour du monde avec toute cette équipe !

 

La montée à bord a été un vrai parcours du combattant. L’agent portuaire m’avait dit au téléphone qu’il fallait que je passe par le service d’immigration avant d’embarquer. Mais il avait été incapable de m’indiquer où se trouvait ce service ou de me donner une adresse. J’ai donc parcouru les docks en long et en large, avec mon gros sac sur le dos. Détail incongru : une scène d’un film se passant en France dans les années soixante, je dirais, était en train d’y être tournée. Un des bâtiments du port avait été transformé en gendarmerie nationale, et des gens se baladaient en costume d’époque et dans de vieux taxis rouges, avec pour toile de fond, le CMA CGM Sambhar en plein chargement.

 
L’agent de l’immigration a à peine jeté un œil à mon passeport et l’officier qui m’a accueillie à bord du Sambhar n’a pas été très regardant non plus. On m’a conduit à ma cabine et servit un bon repas dans le mess, puis j’ai passé l’après-midi à découvrir le bateau, qui n’a quitté Lisbonne que vers minuit.



Nous étions seulement deux passagers. L’autre, Sébastien, était un français qui allait parcourir l’Amérique à vélo. Nous nous sommes très bien entendus : nous vaquions à nos occupations chacun de notre côté, et nous nous racontions nos découvertes à chaque repas, que nous partagions en tête à tête entre la table des officiers et celle des machinistes. Sébastien me faisait mourir de rire avec son humour souvent teinté d’autodérision et on n’entendait généralement que nous dans le mess.

Nous avons eu la chance de tomber sur le capitaine le plus cool de la compagnie. C’est ce que m’ont dit les machinistes et je n’ai aucun mal à les croire. Nous avions accès libre à la passerelle, où le capitaine et les officiers de quart se faisaient un plaisir de répondre à toutes nos questions. J’ai donc appris quelques bases de la navigation : priorité à droite, comme en voiture, on accélère dans les zones fréquentées par les pirates (au risque de se faire enguirlander par la compagnie qui fait la chasse au « gaspillage » de carburant) et, parfois, on embroche une baleine sans le vouloir
(croyez-le ou pas, mais le capitaine était très sérieux quand il m'a raconté ça). Le capitaine nous fait part de sa nostalgie du temps où la position des cargos n’était pas constamment contrôlée par les compagnies et qu’il pouvait faire un petit détour pour passer plus proche des îles et des côtes et ralentir un peu pour pouvoir pêcher. Maintenant, le temps et le carburant sont comptés et il doit des explications pour le moindre petit retard.




L’équipage est en partie Croate et en partie Philippin et on ne se mélange pas. La différence culturelle est trop grande, selon les Croates, qui préfèrent jouer à la briskula (un jeu avec des cartes italiennes) plutôt que de faire des soirées karaoké. Le régime alimentaire n’est pas le même non plus : riz et viande ou poisson à l’aigre-doux pour les Philippins, repas européens pour les Croates et les passagers. Et on se régale ! Un exemple de menu : soupe et salade en guise de mise en bouche, toast de saumon fumé en entrée, risotto de fruits de mer à l’encre de seiche en plat de résistance et banana split en dessert. Heureusement qu’il y a un gymnase avec vélo stationnaire et rameur pour faire passer tout ça !

La langue à bord est l'anglais, avec plus ou moins d'accent selon les interlocuteurs. Mais les apartés en croate sont courants et souvent suivis d'éclats de rire, ce qui m'a fait regretter de ne rien connaître de cette langue.

J’ai aussi visité la salle des machines (ou plutôt l’immeuble des machines, car ça s’étend sur cinq étages). Impressionnant, surtout quand Danko, l’ingénieur électricien, explique comment telle ou telle machine pourrait exploser et telle ou telle autre nous couper une jambe ! Mais je n’ai peur de rien et je m’y suis installée un bon moment pour dessiner des pompes, des gros tuyaux, des boulons, etc. Un régal à l’encre aquarellable !

Une fois en mer, lorsque toutes les manœuvres de déchargement et de chargement sont terminées, nous sommes également autorisés à nous promener librement à l’extérieur. Le capitaine fait même installer une chaise longue sur le château de proue pour que je puisse y faire bronzette 
et rebaptise l’endroit « la plage ». Il demande à l’équipage de m’y laisser tranquille. Il n’hésite pas, par contre, à y venir me faire subir le baptême du passage de l’équateur : un bon seau d’eau glacée au moment où je m’y attends le moins. Je pense que je n’oublierai jamais l’image de ce capitaine, en slip de bain orange, portant son seau de plage avec des petits poissons et des étoiles de mer dessinées dessus ! Mon seul regret est de n’avoir pas osé le prendre en photo !

Le château de proue est non seulement extrêmement tranquille, car éloigné du bruit du moteur, mais c’est également le meilleur endroit pour observer les poissons volants qui fuient le mastodonte que nous sommes, les mouettes qui en profitent pour se faire un festin et les dauphins qui viennent s’amuser avec la quille en une gracieuse nage synchronisée. J’ai aussi vu plein de baleines en approchant des côtes brésiliennes et j’ai même aperçu un requin marteau pendant quelques secondes (alors que le capitaine disait qu’il ne voyait en moyenne un requin que tous les cinq ans) !


Pour ce qui est des côtes, nous avons seulement aperçu les Canaries et le Cabo Frio, une pointe de terre au nord de Rio de Janeiro. Le reste du temps, il n'y avait que nous et l'horizon, où apparaissait parfois un vraquier ou un porte-conteneurs. Je n'ai pas vu un seul voilier.



Je ne me suis pas ennuyée une seule fois pendant toute la traversée. Levée à 7 h pour le petit-déjeuner, je me recouchais généralement une petite heure. Ensuite, j’allais faire un tour sur la passerelle, pour voir sur les cartes où on se trouvait et discuter avec l’officier de quart, ou je descendais passer un moment avec les machinistes pendant leur pause. À midi, retour au mess pour le déjeuner, puis tartinage de crème solaire et direction le château de proue pour bouquiner, faire la sieste et observer la faune marine. 
Retour vers 17 h pour une petite demi-heure de gym et une bonne douche avant le dîner, servit à 18 h. Ensuite, parties de cartes et discussions plus ou moins sérieuses avec les Croates avant d’aller me coucher. Pas un seul moment le fait d’être seule femme a bord ne m’a pesé. Au contraire, tout le monde avait l’air tellement ravi de ma présence, que je me suis vite sentie intégrée.


Chaque jour ou presque nous réservait quelques surprises. On a participé à un exercice d’alerte incendie. On a appris à mettre nos gilets de sauvetage, observé l'équipage faire semblant d'éteindre un feu et on est montés dans le canot de sauvetage. Ce n’est qu’après que les machinistes m’ont raconté que plusieurs Philippins avaient trouvé la mort dans un exercice comme celui-là, car le canot de sauvetage s’était détaché et avait fait une chute de 30 m. Ils s’étaient bien gardés de nous le dire avant l’exercice !

Le capitaine, toujours soucieux de faire en sorte que notre expérience soit la plus complète possible, nous a aussi fait une visite de nuit du bateau. Direction le château de proue par l’intérieur de la coque. On y a découvert que les conteneurs ne s’entassaient pas seulement sur cinq étages au-dessus du bateau, mais également sur autant d’étages à l’intérieur ! Pour ce qui est du contenu, c’est resté un mystère jusqu’au bout, car le capitaine lui-même ignore ce que son cargo transporte (sauf quand il s'agit de marchandises dangereuses ou réfrigérées). Sébastien et moi nous sommes donc laissés aller à imaginer toutes les hypothèses : armes, drogue, clandestins...



Pour ce qui est du mal de mer, j’ai été plutôt tranquille. La première semaine, j’ai mis un patch, mais j’ai fini par m’en passer : je m’étais habituée au roulis. Il m’arrivait même, quand je passais plusieurs heures à l’intérieur, d’oublier que j’étais sur un bateau et d’être presque surprise, en rentrant dans ma cabine, de voir par le hublot que nous étions toujours en pleine mer ! Le dernier jour seulement, en arrivant en vue de Santos, le bateau s'est mis à tanguer plus que d'habitude et je ne faisais plus ma fière !

Je n'ai pourtant pas eu le mal de terre en débarquant. Je me suis juste sentie un peu assommée par le contraste entre le calme du bateau et le bruit et l'activité de la ville et par la tristesse de quitter mes nouveaux amis. Mais ce n'était qu'un au revoir et je compte bien suivre les aventures de Sébastien sur http://sebbavelo.blogspot.com.br/ en espérant le recroiser un jour (et je vous conseille d'aller faire un tour sur son blog d'ici quelques jours pour voir son propre récit de la traversée). Je pense aussi sérieusement à rentrer en France à bord du CMA CGM America, frère jumeau du Sambhar, où je devrais retrouver une partie de l'équipage, tout heureux de rentrer au bercail.





PS : Au moment où j’allais publier cet article. Danko m’envoie un message sur Facebook me disant qu’il faut que je retourne au port, car je ne suis pas passée par la douane hier soir ! Un agent vient me chercher au pied de l’immeuble, accompagné de Sébastien qu’ils n’ont pas voulu laisser partir tant que je n’étais pas passée à la douane puisque nos deux noms figuraient sur leurs papiers. Il met des scellés sur mes sacs. On retourne au port, où il nous remet un papier sans qu’on n’ai besoin de sortir de la camionnette, puis on se rend au bâtiment de la douane, dans le centre-ville, où on nous fait décharger les sacs, on jette un coup d’œil à nos passeports et on nous laisse repartir sans avoir touché aux sacs ni tamponné les passeports. Et voilà une belle matinée de découverte de la bureaucratie brésilienne !

vendredi 13 septembre 2013

Embarquement immédiat

Ça y est, l'aventure a commencé. Je suis à Lisbonne depuis cinq jours. Avant de poursuivre votre lecture, je vous conseille d'y ajouter une BO en cliquant sur ce lien, puis sur le bouton play orange, tout en haut.

Les 24 h de car se sont très bien passées, avec tout ce qu'il faut d'anecdotes made in Eurolines : le voisin qui me fait la conversation dans un bon portugais de Porto bien incompréhensible, les deux hommes saouls qui jouent les cancres de ramassage scolaire sur la banquette du fond, le chauffeur qui nous crie dessus parce que quelqu'un a forcé la porte pour l'ouvrir à un arrêt et qu'il ne peut plus la fermer, la jeune fille qui court après le bus qui ne l'a pas attendue pour partir, etc. On ne s'ennuie pas !



L'auberge où j'ai réservé une chambre à Lisbonne est correcte. Pas ce qu'il y a de plus esthétique comme décoration (gros rideaux à fleurs et papier alu sur les meubles), mais c'est propre et plutôt tranquille (mis à part les cris d'enfants venant de la crèche à l'étage du dessous). Ça manque un peu d'ambiance : tout le monde reste enfermé dans sa chambre. J'ai mis une journée à comprendre pourquoi : le responsable drague les filles sans retenue et se dispute avec les mecs pour un rien. J'ai donc fini par prendre les mêmes habitudes que les autres clients. Un détail plaisant cependant : j'avais réservé un lit en dortoir et, pour le même prix, je me retrouve avec un lit double dans une chambre pour moi toute seule.


Pour ce qui est de Lisbonne, c'est décidément une ville magnifique ! Très vallonnée (elle compte sept collines en tout), c'est plutôt sportif de la parcourir à pied. Mais ça vaut le coup : les points de vue sont nombreux et plus spectaculaires les uns que les autres ! Les tramways et funiculaires donnent vraiment du caractère à la ville, tout comme les maisons très colorées qui sont un vrai plaisir à dessiner. Le quartier de l'Alfama m'a particulièrement plu, avec ses petites ruelles en pente et ses escaliers où les habitants s'installent pour commérer sous les cages à oiseau suspendues et le linge qui sèche.


Grâce à Couchsurfing, je me suis vite fait des amis, de Lisbonne et d'ailleurs, ce qui m'a permis d'expérimenter la vie nocturne lisboète, de découvrir des lieux un peu moins connus des touristes et de ne pas me sentir trop seule.
Hier, je suis allée à Belém, un quartier excentré de Lisbonne, avec Jen, une touriste canadienne rencontrée lors d'une visite guidée de l'Alfama, et un ami à elle. On s'est régalés de « pastéis de nata » encore chauds, saupoudrés de cannelle et de sucre glace. Le soir, toujours avec Jen, on est allées dîner en écoutant du Fado dans le quartier du Bairro Alto. Ce sont les serveurs et serveuses du restaurant eux-mêmes qui se relayaient pour chanter, accompagnés d'une guitare classique et d'une guitare portugaise.


Bref, une semaine à Lisbonne c'est un peu court. Je serais bien restée plus longtemps, mais mon cargo est censé lever l'ancre demain. J'ai dû appeler l'agent portuaire tous les deux jours depuis une semaine pour m'informer d'un éventuel changement de programme. La réponse était toujours la même : « rappelez dans deux jours, ça change tout le temps ». Rassurant !
D'après www.marinetraffic.com, le Sambhar se trouve déjà au large de la Galice et devrait arriver à Lisbonne demain matin à 5 h 30. Je me prépare donc à un réveil aux aurores.


Sauf imprévu concernant la date de départ, vous n'aurez donc pas de nouvelles de moi avant le 26 septembre. Mais je vous raconterai la traversée dans ses moindres détails dès mon arrivée. En attendant, comme je vous l'ai dit il y a quelques semaines, vous pouvez suivre la progression de mon cargo sur www.marinetraffic.com (cherchez le CMA CGM Sambhar).

Oh ! J'ai failli oublier : vous êtes plusieurs à m'avoir demandé ce que je mettais dans mon sac de voyage. Voici la réponse en image :


lundi 26 août 2013

Le hasard des rencontres


L'autre jour, alors que je me baladais à vélo le long de la rivière de Morlaix, deux cyclistes que j'avais salués de la tête me font signe de m'arrêter. L'un, Evan, venait de Brest et s'en allait vers la Normandie ; l'autre, Mauro, venait de Paris et se rendait à Brest. Evan cherchait où dormir à Morlaix. Il ne pouvait pas mieux tomber : je suis la seule Morlaisienne inscrite sur WarmShower, l'équivalent de Couchsurfing pour les cyclistes. Je les invite donc tous deux à faire halte chez moi (enfin… chez mes chers parents plutôt) pour la nuit. Mauro, qui avait déjà passé Morlaix, ne s'est pas fait prier pour revenir sur ses pas.


Le hasard fait bien les choses. Pour eux, car ils sont tombés sur la personne la plus susceptible de les héberger dans le coin. Pour moi, parce que Mauro s'est révélé être uruguayen, nationalité qu'on ne rencontre pas tous les jours par ici, et qu'il sera de retour dans son pays au moment même où j'y arriverai ! Me voilà donc avec un bon contact à Montevideo qui se réjouit déjà de tous les amis qu'il pourra me présenter !

Je crois que ce que je préfère dans les voyages (les miens ou ceux des autres), c'est ce genre de hasards, qui conduisent un Américain, un Uruguayen et une Bretonne qui ne se connaissaient pas il y a encore quelques minutes à partager le maté en discutant de la vie aux États-Unis dans une cuisine de Morlaix.



"Strangers are family you haven't met yet"

dimanche 11 août 2013

Le Sambhar

Un mois et trois jours avant l'appareillage, permettez-moi de faire les présentations. Voici le CMA CGM SAMBHAR, sur lequel je vais traverser l'Atlantique :


269 m de long, 32 m de large, 51870 tonnes à vide, vitesse moyenne de 11 nœuds (environ 20 km/h selon mon convertisseur). Il bat pavillon chypriote et se trouve actuellement au large du Brésil. Je le sais, parce qu'on peut le suivre à la trace sur www.marinetraffic.com. Gardez l'adresse sous le coude si vous voulez me suivre en temps réel entre le 14 et le 25 septembre. Parce que je vous le dis tout de suite, pas d'Internet à bord et donc pas de nouvelles de ma part avant mon arrivée en terre brésilienne.

En ce qui concerne mes appartements, ce sera probablement une cabine de 17 m2 avec salle de bain privée et vue sur la mer... ou sur un conteneur !

Enfin bon, tout ça c'est si on me laisse monter à bord. Parce que les conditions générales insistent sur le fait que pour entrer au Brésil, il faut présenter un billet de retour ou de continuation de voyage. Or je n'ai pas encore planifié mon retour et je n'arrive pas à réserver mon billet de bus pour l'Uruguay par Internet. Ce qui m'inquiète, ce n'est pas tant la douane brésilienne que le capitaine du cargo, qui peut refuser de me laisser monter à bord si tous mes papiers ne sont pas en règle. J'ai un mois pour résoudre ce problème. Vos conseils sont les bienvenus !

mercredi 3 juillet 2013

Le moment où tu doutes...

Nous voilà déjà en juillet. Plus que deux mois et des poussières avant le départ. J’ai reçu un passeport tout neuf et tout vierge, plein de jolies pages à remplir de tampons. J’ai fait mon vaccin contre la fièvre jaune, dont les effets secondaires se sont fait ressentir au bout de dix jours (ça ressemble à la gastro, mais ça n’en est pas une. Selon la notice, j’avais 2 % de risques d’avoir ces symptômes... Je ne me plains pas : j’avais aussi une chance sur 250 000 de mourir !).

Voilà, mes préparatifs du voyage à J-2 mois se résument à peu près à ça. J’aurais pu me renseigner davantage sur ma destination, continuer mon apprentissage du brésilien, contacter des gens là-bas, etc. Mais je suis plutôt dans la phase « autruche » de l’avant-voyage : pas très envie d’y penser. L’excitation du projet est passée et a fait place au doute. Est-ce que c’était vraiment une bonne idée ? Est-ce que j’ai vraiment envie de repartir ? Est-ce que c’est vraiment le bon moment ?

Je réalise que mon filleul adoré ne va pas arrêter de grandir jusqu’à mon retour, qu’il ne me reconnaîtra pas quand je reviendrai. Je me dis qu’un an sans prendre le thé avec ma copine Lulu ça fait long. Je regrette de ne pas avoir le temps d’apprendre à mieux connaître certaines personnes rencontrées récemment qui pourraient devenir de très bons amis.

Je m’inquiète à l’idée d’avoir du mal à m’intégrer là-bas, de me sentir seule, de galérer à trouver un logement, de ne pas être dans les bonnes conditions pour travailler...




Mais quand je me dis que je pourrais abandonner l’idée et rester ici, je me dis que je m’ennuierais, que je regretterais. J’ai besoin de voir le monde et en l’absence de projets plus alléchants ici, autant aller voir là-bas comment c’est. Je me rassure en me disant que je n’ai jamais regretté aucun des voyages que j’ai faits, que même les moments les plus difficiles m’ont enrichie. Et je me dis qu’un an ce n’est pas si long, que je reviendrai et qu’entre temps, j’aurai réalisé plusieurs rêves !

mercredi 22 mai 2013

Floripa


À la demande (presque) générale de mes (trois) lecteurs, je vais essayer d’écrire quelques articles sur les préparatifs de mon voyage.

Pendant que mon nouveau passeport est sous presse la pile de tous les autres dossiers de passeport à imprimer, dans un sombre bureau de la préfecture, j’ai contacté quelques personnes au Brésil (amis, amis d’amis et couchsurfeurs) pour demander conseil quant aux destinations de choix dans le sud du pays. Ils sont à peu près tous du même avis : Santos (ma ville d’arrivée) n’a pas grand-chose à offrir, São Paulo est une ville infernale et Florianópolis est un véritable paradis sur terre. Ce qui m’inquiète, c’est que les paradis sur terre ont souvent la fâcheuse tendance d’être envahis par les surfeurs et les touristes américains. Mais ce ne sera pas encore la haute saison, alors l’ambiance devrait être encore assez tranquille. Floripa, comme l’appellent ses habitants, est une ville d’environ 400 000 habitants (ni trop petite, ni trop grande, donc), à cheval entre le continent et l’île de Santa Catarina. Un détail qui va plaire à mes chers parents : c’est, paraît-il, l’une des villes les moins dangereuses du pays. La communauté couchsurfing semble y être très active, ce qui est un argument de poids dans mes choix. Le paysage est plutôt montagneux, le littoral de l’île est très découpé et certains villages ont conservé leur architecture coloniale, ce qui augure plutôt bien pour les randos-croquis. C’est donc là que j’irai m’installer, je pense, mais j’ai encore le temps de changer d’avis. Une petite carte pour vous situer :


mercredi 10 avril 2013

Ma grande aventure américaine, le retour !

Chers amis, chère famille, chers éventuels inconnus, ça y est, c'est officiel : Ma grande aventure américaine reprend ! Cette fois, direction la côte est de l'Amérique du Sud. Et pas n'importe comment ! Non, messieurs-dames. C'est en cargo que je m'y rends !

Le passeport est en cours de renouvellement, le rendez-vous pour les vaccins est pris, ma compagnie d'assurance est au courant, j'en suis à la 75e leçon de la méthode Assimil de brésilien et mon billet est réservé !

Au programme : départ de Lisbonne vers le 14 septembre (eh oui, c'est comme ça avec les cargos : on ne peut jamais être sûr de rien. Il suffit que le capitaine soit un peu pressé de retrouver sa belle à Santos et le bateau part un jour plus tôt ! Je ferai donc en sorte d'être à Lisbonne une semaine en avance.). Puis, pendant 11 jours, je traverserai l'Atlantique avec, peut-être, quelques autres passagers (moins d'une dizaine, c'est certain), l'équipage et une montagne de conteneurs dont le contenu restera probablement un mystère jusqu'à notre départ (vous avez remarqué comment je mets du suspens dans mon récit ?). Arrivée (vers le 25 septembre, pour ceux qui n'ont pas suivi) à Santos, le port de São Paulo.

À partir de là, rien n'est vraiment fixé. Je pense descendre vers le sud du Brésil (Florianopolis ? Porto Alegre ? Je suis preneuse de conseils) et m'y installer pendant trois mois (nous n'avons pas le droit à plus, nous autres pauvres Français, contrairement au reste des Européens qui ont droit à trois mois renouvelables). Cette fois, pas de projet écolo en vue. Désolée pour ceux qui seront déçus, mais maintenant que j'ai des traductions assez régulières, je ne veux pas aller m'isoler dans un écovillage au fin fond du Brésil. Je louerai un appart et continuerai de travailler tout en alimentant ce blog de mes impressions, de photos, de dessins et de commentaires culturels.

Après le Brésil, histoire de rentabiliser le billet de cargo (pour ceux qui l'ignorent, l'époque où l'on pouvait payer sont billet en nettoyant le pont est révolue. Maintenant, ça coûte plus cher de passer par la mer que par les airs), je pense descendre en Uruguay et m'installer quelques mois à Montevideo. Puis ce sera l'Argentine. Là, je remets une petite dose de suspens : il faudra suivre ce blog pour savoir où je me rendrai ensuite !

En attendant, bons baisers de Bretagne à tous !



samedi 19 novembre 2011

Home sweet home

Comme certains s'en sont doutés, je suis finalement rentrée en France. Pour combien de temps ? Je ne sais pas. Ce n'est pas que j'ai déjà envie de repartir. Ça fait du bien de se poser un peu. Mais je ne compte pas m'installer en France et je repartirai donc sans doute bientôt à la recherche d'autres projets, de découvertes et d'un mode de vie qui me convienne. Peut-être repartirai-je vers le Nouveau Monde, peut-être pas... Ce blog reste donc en suspens, en attendant une nouvelle grande aventure...


Merci à tous ceux qui m'ont suivie. Ça fait toujours plaisir de voir qu'on peut faire rêver et permettre à ceux qui ne peuvent pas voyager de découvrir d'autres cultures et d'autres façons de vivre.

lundi 31 octobre 2011

Comme mon séjour à Oaxaca tire à sa fin, j'ai décidé de ne pas retourner à Eloxochitlan et de rester profiter de la ville et de toutes les activités touristiques que je n'ai pas encore eu le temps de faire.



À l'approche de la Toussaint, les squelettes et les têtes de mort ont fleuri à tous les coins de rue : en papier, en bois, en sucre, il y en a pour tous les goûts. Les marchés ont pris la teinte orangée de la fleur des morts et je ne me lasse pas de me perdre dans les allées de La Central, le plus grand marché de Oaxaca, une ville dans la ville, où les couleurs, les bruits ("Tlayudas! Tlayudas!", à prononcer d'une voix nasillarde) et les odeurs (mmmm, le cacao fraichement moulu !) se mêlent en une atmosphère étourdissante.



Mercredi, je suis allée visiter Monte Albán avec René. Nous avons suivi une visite guidée très intéressante avec deux dames qui venaient d'Argentine. Monte Albán est un site archéologique de culture zapotèque, avec des pyramides, des tombes (les Zapotèques enterraient leurs morts dans une tombe creusée sous la maison), un terrain de jeu de balle et plein de pierres sculptées dont notre guide nous a expliqué tous les détails. Je sais maintenant que quand il y a des sortes de petites vagues dessinées sur le bas du ventre d'un personnage, ça veut dire que c'était un prisonnier à qui on a coupé les parties génitales pour éviter qu'il ne se rebelle. Charmant, non ? Les fouilles continuent toujours sur le site dont la majeure partie reste encore inexplorée.



Puis comme j'adore les marchés, hier, nous sommes allés visiter celui de Tlacolula, à quelques kilomètres de Oaxaca. C'est un marché énorme où, paraît-il, se pratique encore le troc. Les femmes se baladent avec leur tablier fleuri et de beaux foulards colorés dans les cheveux et portent leurs courses sur leur tête, soutenues par leurs épaisses tresses. On y a dégusté un très bon "pain des morts" et des tacos d'agneau et j'ai dépensé tout mon argent en artisanat (ben oui, c'est bientôt Noël !).

mardi 25 octobre 2011

Me voilà de retour de notre atelier de fabrication de vélos-machines à San Lorenzo Texmelucan avec des gamins de 5 communautés en conflit. J'étais un peu inquiète avant d'arriver, car je m'attendais à plus de tensions entre les ados dont certains ont vu leur père ou leur frère tué par des membres de la communauté d'autres participants. Mais tout s'est très bien passé. Les mômes n'avaient pas l'air de se détester et ont bossé ensemble sans aucun problème.

On est partis vendredi à 4h du matin avec 9 amis de Oaxaca et de Mexico. La route était super belle, au milieu des montagnes et des champs tapissés de roses d'Inde, la fleur des morts, que les Mexicains déposent sur les autels qu'ils consacrent à leurs morts lors de la Toussaint. Mais, encore une fois, entre les virages à 90°, les nids de poules et les bouts de route effondrés, j'ai cru qu'on n'allait jamais arriver vivants !



La plupart d'entre nous avait peu d'expérience en fabrication de vélos-machines, notamment René et moi, qui avions seulement aidé Draks à construire le vélo-mixeur "girafe". Mais comme on manquait de "professionnels", Draks nous a donné la charge d'une équipe de six gamins. Je doutais de notre réussite, surtout qu'on était sensés finir la machine en une journée, mais avec mes maigres connaissances en mécanique vélo, la débrouillardise de René et le manuel de fabrication rédigé par CACITA, on y est arrivés et on a même été la deuxième équipe à terminer ! Et voilà le résultat : un magnifique vélo-moulin, qu'il ne reste plus qu'à peindre !



Ça a été vraiment le fun de bosser avec ces gamins, qui se sont montrés super intéressés et pas trop désespérés par notre incompétence. Les filles étaient un peu timides au début et avaient un peu peur des outils électriques, mais on les a un peu poussées (surtout René, qui laissait à peine les garçons toucher aux outils !) et, à la fin, elles se battaient presque pour les utiliser. Ça faisait plaisir à voir, surtout dans une société comme celle du Mexique, qui est encore très machiste.



 En parallèle à l'atelier de vélos-machines, Pancho et Chucho ont mis en place une radio qui diffusait dans tout le village. J'étais la plupart du temps trop occupée pour écouter ce qui s'y racontait, mais j'ai vu quelques-uns des gamins y participer avec une éloquence impressionnante. Quelques professeurs et membres de la communauté ont aussi participé, en espagnol et en zapotèque et toute notre équipe a été interviewée, une fois notre vélo-moulin terminé.



Retro a également animé un atelier de stencil, qu'il a malheureusement dû écourter, car la fabrication des machines nous a pris plus de temps que prévu.


Nous avons fini le weekend par une présentation des machines sur la place du village. Sur la photo, on ne voit presque que des hommes. Les femmes sont arrivées plus tard, dans leurs belles robes à fleurs, et se sont montrées au moins aussi intéressées que les hommes, mais mon appareil photo n'avait malheureusement plus de batterie.